Corvette E-Ray hybride: 644 ch, transmission intégrale et performances mesurées
Essai de la Corvette E-Ray hybride: V8 6,2 l + moteur avant électrique, 644 ch et AWD. Mesures réelles 0-60 mph en 2,9 s, freinage Brembo, châssis efficace.
La Corvette E-Ray se présente comme un manifeste de performance, porté par une ambition assumée. Coupé hybride associant un V8 atmosphérique et la transmission intégrale, elle annonce des accélérations dignes de machines bien plus exotiques. Mais au-delà des chiffres, l’histoire se nuance lorsqu’on la confronte aux mesures du monde réel.
Au cœur du dispositif, un V8 6,2 litres atmosphérique entraîne les roues arrière via une boîte double embrayage à huit rapports, tandis qu’un moteur électrique posé sur l’essieu avant complète l’ensemble. La combinaison délivre 644 ch et 778 Nm de couple, transformant la réponse à l’accélérateur.
Les chiffres officiels annoncent un 0–60 mph en 2,5 s et un quart de mile en 10,5 s. Les mesures répétées en conditions réelles se sont toutefois stabilisées autour de 2,9 s pour le 0–60 mph et d’environ 11 s sur le quart de mile. Ces résultats ont peu évolué malgré de nombreux réglages du launch control, y compris le patinage autorisé et le régime de départ.
L’explication de cet écart tient à la méthode de mesure, pas à une limite mécanique. Le constructeur utilise le one-foot rollout, une convention issue du drag où le chronomètre démarre après que l’auto s’est déjà mise en mouvement. Mesurée depuis l’immobilité totale avec un équipement GPS, l’E-Ray livre des temps qui reflètent précisément ses performances réelles.
À bord, l’E-Ray donne une impression de solidité et de soin d’assemblage. Le cuir domine l’habitacle, avec des matériaux alternatifs proposés en option. Les sièges de compétition, eux aussi en option, offrent un maintien latéral convaincant pour un coût relativement modeste. La présentation reste atypique, avec une arête centrale marquée séparant conducteur et passager et une rangée verticale de commandes physiques pour la climatisation.
Le sens pratique reste limité. La capacité de chargement cumulée, répartie entre les compartiments avant et arrière, atteint 355 litres, mais l’espace avant est réduit par l’hybridation. Ranger le toit amovible dans le compartiment arrière annule quasiment tout volume utile et impose des compromis sous la pluie.
Sur la route, l’E-Ray délivre une poussée immédiate et continue. Le moteur électrique avant décuple l’adhérence, permettant de passer la puissance avec sérénité. Malgré près de 200 kg supplémentaires face à la Stingray, le châssis conserve son calme et la réponse à bas régime se montre étonnamment pleine pour un V8 atmosphérique.
En modes d’amortissement fermes, la suspension peut se montrer remuante et le retour dans le volant paraître trop appuyé. Le freinage, lui, rassure. Avec ses Brembo carbone-céramique, l’E-Ray s’immobilise depuis 100 mph en 88 mètres, un résultat cohérent au regard de son poids et de son niveau de performance.
La Corvette E-Ray est une machine techniquement ambitieuse. Rapide, sûre, d’une facilité déconcertante quand le rythme s’accélère, elle le paie en masse et en complexité. À l’inverse, une Stingray classique offre une expérience plus légère et plus directe sur le plan émotionnel. Reste que l’E-Ray illustre avec brio ce que l’ingénierie moderne sait accomplir lorsqu’elle tisse l’électrification dans une recette sportive traditionnelle — et, au quotidien, on apprécie cette efficacité sans effort autant qu’on peut regretter, parfois, un peu de simplicité.
Ethan Rowden
2025, Déc 24 00:33